Je me suis tournée vers le cinéma documentaire après un parcours académique qui s’est construit à la croisée de la philosophie, des sciences sociales et de terrains à l’étranger. Au Cameroun, puis au Sénégal, je me suis intéressée à la précarité professionnelle qui se tisse sous le vernis de l’aide au développement. Pour saisir ces enjeux, je me suis immergée dans le quotidien des porteurs de projets camerounais et sénégalais de centres urbains et de zones rurales. Après un doctorat en sciences politiques et deux années d’ATER à Sciences Po Bordeaux, je me suis tournée vers la création documentaire. Touchée par la richesse de ce documentaire pour approcher le réel, j’ai participé à la programmation de ciné-débats et à la création du festival Passagers du réel sur Bordeaux. Dans le vivier de cette vie associative, j’ai pu chercher une écriture filmique pouvant traduire mon expérience du monde, ma sensibilité visuelle. Ce temps de découverte m’a permis de travailler à la réalisation de mon premier film Les choses d’une vie. Exercices d’archéologie (2023), un film produit par Novanima. Aujourd’hui, je travaille à l’articulation du monde de la recherche et de celui du documentaire. Je participe en collaboration avec des équipes de recherche à la réalisation de films ou documents filmiques en lien avec leurs travaux, prenant ainsi en charge le travail de terrain nécessaire à la fabrication filmique, mais aussi la réalisation et le montage. Ces collaborations scientifiques m’ont amenée à réaliser S’accrocher (2025), un film construit pour et avec la recherche-action « Saisir les mécanismes de précarisation, les problématiques d’accès aux droits et l’action sociale territoriale dans l’intercommunalité du Couserans-Pyrénées » (programme POPSU Territoires). Un autre jour en France [en quatre saisons], réalisé en collaboration avec Christophe Leroy, dans le cadre du projet de recherche « Communication et construction de l’opinion sur les jeunes migrants isolés» (2022-26) est un film qui s’appréhende comme un outil d’enquête collaboratif offrant à des mineurs étrangers isolés un espace dans lequel ils peuvent s’exprimer sur les expériences migratoires qu’ils vivent en France. Le film est ainsi mobilisé comme un espace d’expérimentation méthodologique qui permet de faire émerger de nouvelles paroles et récits. Un autre axe de mon activité consiste à partager avec d’autres la richesse de mon métier en animant des ateliers d’écriture filmique pour des chercheurs, mais aussi auprès d’étudiants et d’étudiantes de sociologie afin de leur permettre de se saisir en toute autonomie de la réalisation de leurs propres films.
Céline Ségalini
